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Colloque International

Diversité cognitive

Dominations et émancipations linguistiques et culturelles en contextes européens et africains : quelles mobilisations politiques, éducatives, institutionnelles, artistiques et sociétales ?

28, 29 et 30 janvier 2027

Université de Carthage – Tunisie

Dans un contexte mondial marqué par l’intensification des circulations humaines, informationnelles et culturelles, mais également par la persistance de fractures économiques et de tensions géopolitiques, les langues et les cultures se trouvent plus que jamais inscrites dans des rapports de pouvoir asymétriques. La mondialisation des échanges favorise en effet la diffusion rapide de certains idiomes et modèles culturels, tandis que d’autres formes d’expression linguistique et symbolique demeurent marginalisées ou fragilisées. L’homogénéisation discursive qui en résulte tend à réduire la pluralité des perspectives, en installant des hiérarchies implicites entre langues, savoirs, mémoires et modes de pensée. Dans cette conjoncture, les langues et cultures dites minorées ou minoritaires sont souvent confrontées à des processus d’invisibilisation ou de dévalorisation, qui participent à la reproduction de mécanismes d’exclusion et de domination. Ces phénomènes ont été largement analysés par différentes traditions critiques, notamment à travers les notions d’impérialisme linguistique et culturel, d’épistémicide, de justice linguistique ou encore de domination symbolique, qui permettent de mettre en lumière les liens étroits entre pouvoir, langue et production des savoirs, ainsi que les conditions d’accès à la reconnaissance, notamment statutaire.

Le présent colloque se propose d’examiner les dynamiques qui sous-tendent les actions, discours et pratiques linguistiques et culturelles visant à contester ces ordres dominants ou à rendre visibles des savoirs, des identités et des formes d’expression marginalisées. Il s’agira d’interroger, dans des contextes européens et africains, les formes contemporaines de domination et les stratégies d’émancipation qui se déploient à l’intersection du politique, de l’éducatif, du culturel, de l’artistique, mais aussi du juridique et du social.

Les résistances qui se manifestent dans les espaces sociaux, éducatifs, institutionnels et culturels prennent aujourd’hui des formes diverses et parfois inédites. Elles peuvent s’exprimer notamment à travers des initiatives de revitalisation de langues menacées, des entreprises de réappropriation narrative par lesquelles des communautés redéfinissent leur propre histoire, ou encore par la production de savoirs situés qui remettent en question l’universalité supposée de certains paradigmes scientifiques. D’autres formes de résistance passent par la reconquête d’espaces discursifs dans les médias, l’art ou la littérature, ainsi que par le développement de pratiques pédagogiques inclusives, attentives à la pluralité linguistique et culturelle des apprenants et aux droits linguistiques.

Dans cette perspective, la réflexion portera également sur la notion de diversité cognitive et sur les conditions d’une possible décolonisation des savoirs. Il s’agira notamment de considérer les langues et les cultures non seulement comme des moyens de communication, mais comme de véritables matrices épistémiques, porteuses de visions du monde, de catégories d’analyse et de formes de rationalité spécifiques et légitimes. Une telle approche invite à penser le pluralisme linguistique et culturel dans une perspective écosystémique, fondée sur la cohabitation, la négociation et la transformation réciproque des systèmes de savoir et des pratiques culturelles.

La notion de pluralisme en linguistique conduit également à interroger les dimensions institutionnelles et didactiques des politiques linguistiques. Elle implique d’examiner la place respective des langues premières, secondes ou d’enseignement, d’identifier quelles sont les langues de l’administration, qu’elles soient dominantes ou minorées. Cette question se pose avec une acuité particulière dans les États-nations issus de l’histoire coloniale, dans les sociétés caractérisées par une forte pluralité culturelle et linguistique ou par de fortes mobilités migratoires, où les choix linguistiques des institutions scolaire, administrative et judiciaire participent à la construction des hiérarchies symboliques et sociales.

Le colloque ambitionne ainsi de réunir des chercheurs issus de champs disciplinaires et épistémologiques variés – linguistique, littérature, anthropologie, sociolinguistique, traductologie, sciences de l’éducation, études culturelles, philosophie du langage, histoire des idées, droit, géopolitique – afin d’examiner les formes contemporaines de résistance, les stratégies d’émancipation qu’ils mobilisent, ainsi que leurs effets, leurs limites et leur potentiel de transformation des rapports entre langues, cultures, savoirs et pouvoirs.

Les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants (non limitatifs)

  1. Pratiques de résistance et mobilisations linguistiques (terrain social, artistique, judiciaire et politique, question du militantisme...)
  2. Analyse des rapports de domination : Langue, droit, institutions et accès à la justice (en contextes institutionnels, judiciaires, médicaux, éducatifs, culturels...)
  3.  Alternatives épistémiques et pluralité des savoirs (diversité cognitive, traduction, interprétation, place des voix minorées, questionnement des concepts d’universel, d’altérité...)
  4. Rapports de domination et inégalités langagières en contextes institutionnels (Analyse des mécanismes de pouvoir dans les sphères éducatives, médicales, administratives et judiciaires ; hiérarchisation des langues ; légitimation/délégitimation des pratiques discursives)
  5. Transformations normatives et systémiques des institutions du savoir et médiations linguistiques et culturelles (droit, justice linguistique et culturelle, dispositifs didactiques et pédagogiques, accompagnement des publics, interprétariat...)
  6. Expressions culturelles et artistiques(littérature, cinéma, théâtre, performance, oralité...)

Éléments de bibliographie

ANDERSON, Benedict, Imagined Communities: Reflections on the Origin and the Spread of Nationalism, Londres, Verso, 1983 [1991].

AGRESTI, Giovanni, « Droits linguistiques », Langage et société, nᵒ HS1, septembre 2021, p. 115-118.

AUGÉ, Marc, « Français et Africains. Les Noirs dans le regard des Blancs, 1530-1880, William B. Cohen », Le Débat, nᵒ 4, 1980, p. 169-192.

BILLIEZ, Jacqueline (dir.), De la didactique des langues à la didactique du plurilinguisme, Grenoble, CDL-Lidilem, 1998.

BLANCHET, Philippe, MOORE, Danièle, ASSELAH-RAHAL, Souad (dir.), Perspectives pour une didactique des langues contextualisée, Paris, AUF / Éditions des Archives contemporaines, 2009 [2008].

BOURDIEU, Pierre, Ce que parler veut dire, Paris, Fayard, 1982.

CASANOVA, Pascale, La République mondiale des Lettres, Paris, Seuil, [1999], 2008.

CHASSIN, Catherine-Amélie, KORSAKOFF, Alexandra, MAUGER-VIELPEAU, Laurence, « La vulnérabilité des migrants », Cahiers des droits fondamentaux, nᵒ 18, 2020, p. 55-63.

DE VARENNES, Fernand, Language, Minorities and Human Rights, La Haye, Martinus Nijhoff, 1996.

DE SOUSA SANTOS, Boaventura, Épistémologies du Sud, Paris, Desclée de Brouwer, [2011], 2016

DIAGNE, Souleymane Bachir, De langue en langue, Paris, Présence Africaine, 2022.

FOUCAULT, Michel, L’ordre du discours, Paris, Gallimard, 1971.

GARVÍA, Roberto, « A batalha das línguas artificiais (volapük, o primeiro ator) », Tempo Social, vol. 24, novembre 2012, p. 59-78.

GOBBO, Federico, « Beyond the Nation-State? The Ideology of the Esperanto Movement between Neutralism and Multilingualism », Social Inclusion, vol. 5, nᵒ 4, décembre 2017, p. 38-47.

Groupe de Fribourg, Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007, https://droitsculturels.org/observatoire/la-declaration-de-fribourg/

HALL, Stuart, « Identité culturelle et diaspora », in Questions of Cultural Identity, Londres, Sage, 1996.

HEINICH, Nathalie, « Le paradigme de la perte. Deuil et identité », in Ce que le deuil nous dit, Paris, CNRS Éditions, 2009.

HOBSBAWM, Éric, Nations and Nationalism since 1789: Programme, Myth, Reality, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.

MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières, Paris, Grasset, 1998.

MOLINIÉ, Muriel, HUVER, Emmanuelle, Praticiens-chercheurs à l’écoute du sujet plurilingue. Réflexivité et interaction biographique en sociolinguistique et en didactique, Paris, L’Harmattan, 2009.

OBERG, Kalervo, « Cultural Shock: Adjustment to New Cultural Environments », Practical Anthropology, vol. 7, nᵒ 4, 1960, p. 177-182.

Les propositions de 300 mots environ, accompagnées de 4 à 5 mots-clés, d’une brève biographie (incluant l’affiliation institutionnelle) et d’une courte bibliographie pour le 31 mai 2026.

Retour du comité scientifique :  1er juillet 2026

Envoi des articles rédigés : 1er novembre 2026

Coordinatrice du colloque

BEN GHEDAHEM Manoubia, Université de Carthage, Tunisie.

Les sessions plénières

PRUNET Anne (Université Rennes-2) et JEANNIN Magali(Université Caen).

OUSSIKOUM Mounir, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc

DRAME Mamadou, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal.

BEN GHEDAHEM Manoubia, Université de Carthage, Tunisie.

Comité scientifique

AKROUTI Inen, Université Jendouba, Tunisie.

AUGUSTIN Coly Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal.

BAROUNI Manel,Université Tunis El Manar, Tunisie.

BELTAIEF Lilia, Université de Carthage, Tunisie.

BEN GHEDAHEM Manoubia, Université de Carthage, Tunisie.

BOUSSELMI EP JBALIA Myriem, Université Jendouba, Tunisie.

CAVAILLE Fabien, Université Rennes 2, France.

DRAME Mamadou, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal.

EL AZHAR El Mahdi, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc.

EL MAOUHAL EL Mokhtar, Université Ibn Zohr, Maroc.

ERRADI Amina, Université Ibn Zohr, Maroc.

GHAZI Zakaria, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc.

JAMA Rachid, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc.

JEANNIN Magali,Université Caen, France.

JENSEN Clémence, Université Caen, France.

JOBEZ Romain, Université de Caen Normandie, France.

JUAN Myriam, Université Rennes-2, France.

KALIDOU Sy, Université Gaston Berger, Saint-Louis, Sénégal.

KOUKI Anoir, Université Jendouba, Tunisie.

MOUNTASSER Tilila, Université Ibn Zohr, Maroc.

NAB Khalid, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc.

NACER IDRISSI Abdelfettah, Université Ibn Zohr, Maroc.

OUALLOU Zakaria, Université Ibn Zohr, Maroc.

OUSSEYNOU Tall, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal.

OUSSIKOUM Amal, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc.

OUSSIKOUM Mounir, Université Sultan Moulay Slimane, Maroc.

PRUNET Anne,Université Rennes-2, France.

RASSAA Kaouther,Université Tunis El Manar, Tunisie.

SAIDI Narjes, Université Jendouba, Tunisie.

SAMBOU Aly,Université Gaston Berger, Saint-Louis, Sénégal.

SEDDIKI Mohamed Naceur, Université Jendouba, Tunisie.

THIAM Khadimou Rassoul, Université Gaston Berger, Saint-Louis, Sénégal.

VARIN Marie, Université de Rennes 2, France.

VIGNAUX Valérie, Université Rennes-2, France.

Comité Local d’Organisation (CLO)

AKROUTI Inen

BEN GHEDAHEM Manoubia

BOUSSELMI EP JBALIA Myriem

OUERGHI Meissa

RASSAA Kaouthar

SAAIDIA Salem

 

Une publication des actes est prévue.

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